Les Simpsons et Shining

Les Simpsons et Shining
Plusieurs épisodes de la célèbre série américaine Les Simpsons comportent des éléments plus que marquants (voir ci-dessus) en rapport avec le film Shining.Ceux-ci sont répertoriés sur le site http://www.simpsonspark.com/refs_film_shining.php

Remarque : sur le skyblog dédié à orange mécanique on pouvait déja voir plusieurs points communs entre le film et des épisodes Simpsons. Mais jusqu'où iront les Simpsons ?!

# Posté le vendredi 28 avril 2006 09:01

Modifié le vendredi 28 avril 2006 09:12

Shining et le rite chamanique par André-Michel Berthoux

Shining et le rite chamanique par André-Michel Berthoux
A la lecture de l'ouvrage de Carlo Ginzburg, « Le sabbat des sorcières » , le film de Stanley Kubrick, adapté du roman de Stephen King, m'est apparu soudainement plus clair.

L'hôtel Overlook, lieu dans lequel se déroule l'histoire, a été construit sur un ancien cimetière indien. La culture de ce peuple est imprégnée de la tradition chamanique, le voyage extatique dans le monde des morts en étant la caractéristique essentielle. Ce rite initiatique de communication avec le monde de l'au-delà est accompagné d'un certain nombre de phénomènes qui s'apparentent à la magie et que nous considérons comme surnaturels.

Les sorcières condamnées par l'inquisition subissaient l'influence de cette culture populaire transmise oralement depuis des siècles, venant de régions lointaines (l'Ukraine entre autres) et remontant même, selon l'historien, aux civilisations indo-européennes. Elles racontaient au cours de leur procès ce qu'elles avaient, pensaient-elles, réellement vécu dans un état d'envoûtement, d'extase pour être plus précis. Elles arrivaient à passer au travers de portes closes, à voler, pour rejoindre en pleine forêt le sabbat (Kubrick n'a pas choisi par hasard le thème du “Songe d'une nuit de sabbat” - qui est en fait celui du “Dies Irae” - extrait de la Symphonie Fantastique de Berlioz) auquel allaient participer le diable et la foule des morts. Au cours de la cérémonie, elles se métamorphosaient en animaux. Ces rassemblements nocturnes étaient suivis de banquets et d'orgies sexuelles. Le sacrifice d'enfants était chose courante.

Tout indique que ce film ne peut se réduire à la description de la folie d'un homme contraint à l'enfermement et en manque d'inspiration, mais développe en revanche une mise en scène géniale et actualisée du rite chamanique du voyage dans le monde des morts dont Jack serait à la fin le meneur (la photo finale le montre comme tel, tous les gens présents sur scène étant en fait déjà morts). Il faut préciser que le sorcier qui conduisait la foule des morts avait une particularité liée à la déambulation, il boitait. La claudication apparaît dans un rite Tereno (population indienne d'Amazonie) mais aussi dans un grand nombre de mythes et surtout de rites attestés, selon Levi-Strauss, dans les Amériques, en Chine, en Europe continentale et dans le Bassin méditerranéen (Achille, Oedipe, Thésée, en seraient les dignes héritiers, le monosadalisme, de Cendrillon par exemple, étant apparenté à cette malformation).

Ainsi, si on regarde le film sous cet angle, les aspects surnaturels nous deviennent dès lors compréhensibles :
- le passage à travers la porte de la remise (on peut même dire que le début de l'extase chamanique de Jack commence à partir de ce moment),
- la présence diabolique (voix qu'entend Jack qui n'est autre que celle de son prédécesseur),
- le contact apparemment réel de Jack avec les morts,
- l'infanticide (thème récurrent dans le film),
- les veillées nocturnes de Jack,
- la claudication de Jack, qui quoique expliquée par la blessure, rappelle la particularité des participants aux rites chamaniques,
- les réjouissances sexuelles (suggérées par la rencontre de la femme dans la salle de bain qui se transforme en un cadavre en décomposition)
- autre particularité qu'il faut souligner, la soif inextinguible de Jack (c'est une caractéristique importante des morts dans les rites sorciers du Frioul, les benandanti, par exemple, qui montaient à califourchon sur des tonneaux de vin et en buvaient avec une pipette),
- le personnage inconnu à la tête d'ours (dans la grande fête chinoise Ta No, rite saisonnier, un personnage enveloppé dans une peau d'ours conduisait un groupe d'enfants ; la physionomie chamanique de ce personnage déguisé en ours a été souligné à plusieurs reprises),
- pour finir, il faut signaler que ce rite avait comme but de favoriser la fertilité de la terre nourricière, c'est pourquoi il se déroulait en plein hiver (au mois de janvier, février).

Comme on peut le voir, malgré l'absence de vol magique, les éléments de comparaison entre les indices, que nous montre ou suggère le film, et le rite chamanique sont nombreux et troublants.

André-Michel BERTHOUX

# Posté le vendredi 28 avril 2006 08:51

INTRODUCTION analyse par Guillaume Briquet

INTRODUCTION analyse par Guillaume Briquet
Voici une autre analyse du film faite par Guillaume Briquet (tirée du site http://frames.free.fr/ le web magazine de l'animation et du cinéma) , cette analyse est répartie sur cinq articles.



En 1980 sort sur les écrans américains Shining. Adapté par Stanley KUBRICK d'un roman de Stephen KING, ce film prouve une fois de plus que rien de ce qui est inquiétant dans la nature humaine n'est étranger au réalisateur. Héritier du film noir -et notamment de Fritz LANG-, une violence expressionniste se dégage de ce long métrage. Fascinant, aussi bien dans l'évolution du personnage principal que dans sa structure, Frames propose ici une analyse de ces deux axes principaux du film.

# Posté le vendredi 28 avril 2006 08:46

UN POUVOIR DE SUGGESTION CRESCENDO analyse par Guillaume Briquet

UN POUVOIR DE SUGGESTION CRESCENDO analyse par Guillaume Briquet
UN POUVOIR DE SUGGESTION CRESCENDO

Dès la séquence de l'entretien, Jack paraît déjà ne pas pouvoir échapper à son évolution, telle une fatalité. En effet, lorsque le directeur de l'hôtel parle du gardien précédent, le plan bascule sur Jack dès que le directeur évoque le massacre. Ce qui associe la folie et les meurtres de Charles Grady à Jack. Et le plan de revenir sur le directeur au moment où ce dernier a fini de raconter le déroulement du drame.

Par ailleurs, lors de cet entretien, le champ/contre-champ (a priori une structure égalitaire), différencie les deux hommes et donne au directeur une position dominante. De fait, le directeur est situé au centre de l'écran, (sa position comporte de la prestance), et il y a dominance du rationnel et du matériel -donc du monde sensible- dans le cadre avec les objets sur le bureau, et le monde extérieur évoqué avec la fenêtre derrière lui et le drapeau américain. En revanche, Jack est écrivain, donc l'imaginaire est très présent et l'emporte sur le rationnel : Jack appartient donc plus au monde intelligible, et derrière lui se trouve un espace clos -pas de lignes de fuite mais des lignes verticales- ne lui laissent aucune possibilité de fuir, sa position dans le cadre est décentrée et affaissée. De plus, Jack semble avoir signé un pacte -les bols sur le bureau- en trinquant avec le directeur. Jack est donc déjà dominé par l'hôtel Overlook, par la mise en scène.

On peut également s'attarder sur la présence de la caméra, visible dès le générique lorsque la voiture semble surveillée lors de son trajet, vers le huis-clos postérieur, qui est de plus en plus liée à Jack au fur et à mesure que le spectateur avance dans le récit filmique. Ainsi, lors de la visite de la chambre 237 par Jack, il y a une vue subjective de celui-ci, mais nous ne le comprenons que lorsque Jack ouvre la porte de sa main et que nous le découvrons ensuite. Cette vue subjective est d'abord comprise comme appartenant à la présence qui semble observer les personnages durant presque tout le film. Cette assimilation Jack/présence débute lorsqu'il perd complètement pied avec la réalité et ne cesse de croître ensuite. De fait, lorsqu'il se rend au "bal", Jack apparaît quasiment comme un fantôme dans une sorte de brouillard qui enveloppe le couloir. Lors de la découverte par Wendy des écrits de Jack, qui se résument à la répétition d'une phrase : All work and no play makes Jack a dull boy (soit "Tout ce travail et pas de jeu font de Jack un garçon morne"), nous avons à nouveau co-présence de l'esprit qui surveille et de Jack au moment où Wendy tourne le dos à la caméra, puisque l'ombre de Jack apparaît tout de suite à droite du cadre -renvoie à tout ce qu'il y a de mauvais en lui et fait référence à l'expressionnisme allemand. Par ailleurs, il apparaît comme une ombre durant tout le plan, et il y a retour de l'ombre dans plusieurs plans de cette scène ! Enfin, lors de la course dans le labyrinthe enneigé, la caméra suit Dany et représente Jack/le danger...

L'ironie constante de Jack le prédestine donc à son évolution, dès l'entretien puis dans son évocation sans pincettes du massacre des pionniers dans la voiture pour Dany, au bar lorsque Wendy lui parle de la femme qui a tenté d'étrangler Dany,... et une scène située lorsqu'il est sensé commencer à écrire -dans la partie Un mois plus tard- le montre dominant la maquette du labyrinthe. Un faux raccord regard après un plan sur son visage convainc le spectateur qu'il assiste à une plongée sur la maquette mais en fait, le rapprochement de la caméra prouve qu'il s'agit du vrai labyrinthe, avec Wendy et Dany au centre. Nous avons l'impression que Jack domine le vrai labyrinthe, comme une gigantesque présence. Or, Wendy ayant déjà parlé de l'hôtel comme d'une véritable figure labyrinthique au cuisinier, il semble que Jack a déjà une ombre qui plane au-dessus de sa famille, et que nous avons affaire à un présage du danger futur. La musique faisant explicitement référence à la magie durant la plongée sur le labyrinthe renforce l'hypothèse.

Pour terminer, lors de la partie lundi, Jack réitère trois fois son v½u de rester à jamais dans l'hôtel, lui conférant une dimension magique, et renvoyant aux jumelles de la séquence précédente, qui avaient formulé un v½u presque similaire -"viens jouer avec nous Dany, à jamais". Aussi y'a t-il un parallèle entre Jack et les jumelles, entre l'écrivain et les fantômes, liant de plus en plus le personnage aux spectres.

Enfin, la scène finale, composée essentiellement d'un long travelling avant dans le hall de l'hôtel, nous montre Jack sur une des photos accrochée sur un mur. La musique est celle du bal où Jack se trouvait dans une des scènes du film. Or, sur la photo, on voit Jack au bal du 4 juillet 1921. Celui-ci est donc définitivement prisonnier de l'hôtel, les lignes interstitielles entre les différents cadres des photos formant comme les barreaux d'une cage. La musique qui semble extra-diégétique* se révèle être diégétique*. En effet, cette dernière croît à mesure que l'on s'avance des photos, et se clôt par des applaudissements et un brouhaha à la fin du générique. Elle appartient à une deuxième diégèse*, à l'intérieur du cadre où Jack se trouve. Jack succède à Charles Grady comme serveur de la réception, donc comme serviteur des fantômes. Cependant, enfermé mais libre dans un univers parallèle, il fait partie de la mémoire de l'hôtel. Et rester dans les mémoires, n'est-ce pas le rêve de tout artiste ?

# Posté le vendredi 28 avril 2006 08:39

Modifié le mardi 24 juillet 2007 00:33

LA STRUCTURE DU FILM analyse par Guillaume Briquet

LA STRUCTURE DU FILM analyse par Guillaume Briquet
LA STRUCTURE DU FILM

A présent que l'évolution du personnage principal à travers la mise en scène a été vue -j'ai volontairement négligé les aspects les plus narratifs comme les excuses du comportement troublant de Jack données par ce dernier : les problèmes antérieurs du couple, le contrat signé avec la direction de l'hôtel qui est en fait le pacte signé avec les fantômes,...- abordons plus en détail la structure du film.



Avec en premier lieu la structure du contenu audiovisuel de Shining. Et à ce sujet, c'est le thème du double qui frappe plus particulièrement l'esprit. Le fait est que dès la séquence de l'entretien, nous découvrons l'existence de Tony, le petit garçon qui vit dans la bouche de Dany. Et nous voyons pour la première fois les jumelles, qui par la suite parleront en même temps -double voix. Le miroir dans lequel Dany trouve la réponse à la question qu'il pose à Tony, renvoie lui aussi à ce thème. Ce miroir occupe une fonction importante dans le film. Dans la partie lundi, lorsque Dany s'approche de son père, à l'image tout se passe comme si Jack encerclait son fils, avec son reflet dans le miroir à gauche du cadre, et sa présence à droite.

Pendant la visite de la chambre 237 par Jack, le miroir permet à ce dernier de s'apercevoir qu'il embrasse une femme horrible. Il semble qu'une partie de lui le prévient de ce qu'il lui en coûte de se laisser dominer par les fantômes, et pour une fois il y a inversion : son double, son côté maléfique est en lui, et ce n'est plus son reflet, son ombre a pris possession complète de lui. Dans la suite, il nie avoir vu quoi que ce soit dans la chambre, ce qui confirme la domination du mal en lui. D'autre part, la symétrie quasi-obsessionnelle présente dans tout le long métrage participe de ce thème du double.

A présent, abordons un instant le traitement audiovisuel du shining. C'est d'abord dans la séquence de l'entretien, lorsque Tony raconte à Dany ce qui l'inquiète dans l'hôtel à travers le miroir. Cette réponse à la question de Dany s'effectue à travers des images et adopte donc un profil narratif différent à celui de la question (formulée par la parole). Les images ne forment pas un ensemble narratif : elles sont interprétées grâce à l'histoire du massacre, racontée précédemment par le directeur. L'image du sang dans le couloir est symbolique et se retrouve dans beaucoup des visions. Les images sont référables à un passé et à un futur, elles créent un manque d'information, une carence. Et, lors de la visite de la chambre 237, il y a retour de ces images aux statuts différents, et de ce pont entre passé, présent, futur. Jack, Dany et le cuisinier semblent impliqués dans la visite. Il y a continuité de la bande-son, mais discontinuité de la bande-image, et confusion : qui voit quoi ?

Enfin, lorsque Wendy a trouvé les écrits de son mari et qu'il la dispute, les visions de Dany font référence à un futur et les intentions de Jack envers son fils lorsqu'il dit "Il est temps que nous parlions de Dany" sont révélées -avec REDRUM à l'image. Egalement lorsqu'il dit "Il est temps que nous décidions de ce que nous devons faire de ce gamin", un flot de sang se déverse à l'écran...

# Posté le vendredi 28 avril 2006 08:33